Les excuses qui aggravent les choses : quand « pardon » est un extincteur, pas un pont

Deux partenaires à une table de cuisine, l'un lève les mains dans un geste d'excuse hâtif et apaisant, l'autre encore visiblement blessé plutôt qu'apaisé

L'autre s'est excusé vite, avant même que tu aies fini d'expliquer. Les mots étaient corrects. Et quelque chose là-dedans t'a mis plus en colère, pas plus calme. Parce que les excuses n'étaient pas pour toi. Elles visaient à clore la conversation. « Pardon » voulait dire « est-ce que ça peut être fini maintenant ». Il a utilisé le bon mot avec la mauvaise fonction, et tu as senti la différence instantanément.

L'un de vous a besoin de résolution : le sentiment que l'autre a vu ce qu'il a fait, en a ressenti le poids, et a choisi de réparer. L'autre a besoin que l'inconfort cesse. Pour lui, les excuses sont un extincteur, pas un pont, et plus elles arrivent vite, moins elles comptent pour toi, parce que la vitesse est la preuve qu'il a sauté la partie qui compte, celle où il ressent ce que tu as ressenti. Alors tu insistes. « Mais est-ce que tu comprends pourquoi ? » Il dit oui. Tu vois bien que non. Et maintenant c'est toi qui maintiens la dispute en vie.

Ce clivage court le long de l'Émotivité, la facette qui régit la profondeur avec laquelle une personne enregistre le ressenti, le sien et le tien. Lis l'analyse de l'Émotivité pour le tableau complet. Un partenaire à forte Émotivité traite des excuses comme quelque chose qui doit porter une compréhension ressentie pour compter. Un partenaire à Émotivité plus basse les traite comme une remise à zéro pratique, un mot qui dissipe la tension pour que tout le monde puisse avancer. Pour le premier, un « pardon » rapide est un raccourci qui contourne la seule chose qu'il voulait. Pour le second, qu'on lui demande de continuer à le ressentir après que le mot est dit ressemble à une punition pour s'être excusé.

La réparation, c'est de séparer le mot du travail. Celui qui s'excuse vite peut apprendre à poser une vraie question avant de dire pardon, pour que les excuses arrivent après la compréhension au lieu de la remplacer. Celui qui a besoin de se sentir rejoint peut apprendre à dire « je n'ai pas encore besoin que tu sois désolé, j'ai besoin que tu comprennes pourquoi ça m'a touché », ce qui donne à l'autre une cible qui n'est pas juste du silence. Le mot n'a jamais été la solution. C'était le ressenti derrière.

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